Les 13 et 14 mars 2026, j’étais de passage en région parisienne. À peine le pied posé à la gare de Marne-la-Vallée, tout s’est accéléré, comme si le temps lui-même refusait de ralentir. Ma fille a été récupérée par mon père, et me voilà déjà emportée dans le flot du RER A, puis B, puis C… Avant ces dix dernières minutes de marche, presque suspendues, pour rejoindre le campus Saint-Philippe, sur les hauteurs de Meudon. Un lieu que je ne découvre plus vraiment, mais qui, à chaque visite, me touche un peu plus profondément.
Là-bas, j’ai rencontré des jeunes en CAP fleuriste et horticulture, ainsi que de jeunes hommes en accueil d’urgence. Tous, sans exception, d’une douceur et d’une sincérité bouleversantes. Nous avons parlé de l’œuvre qu’ils préparent pour le concours national de la Fondation d’Auteuil, bien sûr… mais aussi d’écriture, de lecture, de ces mots qui traversent les siècles et changent de visage sans jamais perdre leur force.
Nous avons fait un bond dans le temps, plume à la main, encre au bout des doigts, dans un silence presque sacré. Je leur ai lu une lettre que j’avais imaginée, tissée à partir des témoignages d’anciens de l’établissement. Une lettre sur la jeunesse d’aujourd’hui : ses doutes, ses élans, ses fragilités, mais aussi cette lumière, intacte, et les valeurs qu’on espère lui transmettre. Puis ce fut à leur tour d’écrire. De se livrer. Et dans leurs mots, il y avait déjà tant de vérité.

Cette rencontre restera pour moi marquée par le respect, la bienveillance, et une lucidité parfois saisissante sur le monde. Une jeunesse qui grandit vite, trop vite parfois… mais qui n’en est que plus courageuse.
Le lendemain, je suis revenue, accompagnée d’une amie et de membres de ma famille, dont mes grands-parents, pour aller à la rencontre des « anciens », lors d’un goûter organisé par Nathalie Girard, référente du réseau.
J’y ai parlé de mon métier d’écrivaine et de biographe, mais surtout de mon dernier roman, Mon héroïne, qui fait écho, en filigrane, à la vie de mon grand-père dans ce lieu chargé d’histoire – un lieu qui fut longtemps un orphelinat, et dont les murs semblent encore murmurer les souvenirs.
Ce moment, intime et précieux, m’a profondément émue. Parce qu’il touche à mon histoire, à celle de ma famille. Mais aussi à cause des regards, des mots, des silences parfois, chargés de mémoire et de nostalgie.
Un moment suspendu, riche d’humanité, qui s’est prolongé autour d’une séance de dédicaces et d’un goûter partagé, simple et chaleureux.
Je repars le cœur plein, avec une seule envie : revenir en mai, pour la remise des prix du concours… et retrouver, encore une fois, cette énergie si rare.