Justine Saine

Tu as l’impression de te noyer. L’air reste coincé dans ton gosier, comme s’il refusait de circuler, comme si respirer était devenu un effort trop grand pour toi. Tu essaies, encore, mais rien ne sort vraiment. Tu pries pour que ça s’arrête. Que ton ventre cesse de hurler, que ta tête ralentisse enfin, que ton corps se réveille de cette sieste interminable dans laquelle tu sembles enfermée.

Le temps se déforme. Les minutes s’étirent et les heures finissent par disparaitre. Tu perds le sens des mots, le goût des aliments, jusqu’à oublier ton propre prénom. Tu ne sais plus ce que tu aimes, ni ce que tu détestes. Tu ne sais même plus ce qui te faisait te lever chaque matin. Enfin… ce qui te faisait te lever avant.

Avant.

Avant l’adrénaline de la rencontre. Avant l’explosion de paillettes quand ta salive se mêlait à la sienne. Avant la chaleur des corps qui s’apprennent, s’emmêlent et se reconnaissent. Avant les conversations qui débordent sur la nuit, les insomnies pleines de projets, cette illusion douce d’un futur déjà écrit à deux.

Avant que tout ne bascule sans prévenir.

Avant les petits soins que tu t’accordais soudain, les appels aux copines qui se faisaient plus rares, comme si le monde s’était réduit à une seule personne. Avant la peur de mal faire, la culpabilité de ne pas avoir compris, d’avoir trop lu entre les lignes, ou pas assez.

Avant l’attente.

Ce message que tu guettes, qui arrive toujours trop tard, toujours trop court. Ce rendez-vous que tu avais construit dans ta tête toute la semaine et qui se dissout en une phrase, à cause d’une réunion, d’un imprévu, d’un rien. Et toi, tu restes là, suspendue, avec ce vide qui s’installe lentement derrière tes yeux, comme une poussière qui brouille tout.

Tu oublies ton réveil, ton brief avec ta patronne. Tu scrolles sans voir, sans comprendre. Tu remplis le silence avec du bruit inutile. Parce que le vide te terrifie. Parce que l’abandon a déjà commencé à creuser. Parce que le rien te fait plus peur que la douleur elle-même.

Et puis il y a cette pensée, fugace, violente, qui te traverse – l’envie de ne plus exister, juste pour que tout cela se termine.

La première fois que tu as eu le cœur brisé, tu t’es juré que ça ne t’arriverait plus jamais, que tu ne retomberais plus amoureuse.

Mais ce n’est pas cette promesse-là que tu aurais dû faire.

Tu aurais dû te promettre de ne plus jamais t’abandonner toi-même, de ne plus te mettre en second plan, de ne plus confondre aimer et te perdre.

Parce qu’avant d’aimer quelqu’un, il faut apprendre à se tenir, seule et entière. À entretenir cet amour-là, le tien. Le protéger, le nourrir, le regarder exister sans le faire dépendre d’un autre.

Il n’y a qu’à cette condition que l’amour ne sera plus une chute, mais une rencontre…

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