Justine Saine

Qui n’a jamais lu un article ou une étude sur l’hypersensibilité ?
Mais au fond, pour vous, c’est quoi, une personne hypersensible ?

Dans l’imaginaire collectif, on pense à quelqu’un qui prend tout trop à cœur, qui extrapole, qui pleure comme une madeleine devant chaque rediffusion de Titanic ou lorsqu’un oisillon s’écrase contre un pare-brise…

Oui, il y a un peu de ça.
Mais si l’on changeait de regard ? Si l’on mettait en lumière ce qu’elle offre de beau, de fort — notamment dans la création artistique ?

L’hypersensible a le sens du détail.
Un atout précieux lorsqu’il s’agit de construire une intrigue, de façonner des personnages, de leur donner une histoire, une vision. Écrivant une littérature du réel, je peux m’attarder jusqu’à la couleur du doudou de mon héros enfant — même si cela n’apparaît jamais dans le texte.
La rigueur, chez lui, ne se voit pas toujours. Mais elle est là, partout.

L’hypersensible est aussi profondément empathique. Lorsqu’il mène des entretiens pour nourrir un récit — qu’il s’agisse d’un roman ou d’une biographie — il capte l’invisible : les gestes discrets, les silences, une posture, une intonation, parfois même des tics imperceptibles. Autant de nuances qui parlent plus fort que les mots et enrichissent son imaginaire.

Il ressent tout, intensément. Le doute, la joie, la colère, la tristesse, la culpabilité…
Cette intensité devient une matière brute, qu’il apprend à transformer. Elle lui permet d’écrire les émotions avec justesse, de les incarner.
Souvent, écrire n’est pas un choix : c’est une nécessité. Une manière de s’apaiser, de comprendre, de mettre de l’ordre dans le tumulte intérieur.

L’hypersensible doute aussi. Il se remet en question, souvent.
Il y a du bon, du moins bon — mais choisissons d’y voir une force. Car de ce doute naît l’apprentissage. Rien n’est acquis, tout se travaille. Le narcissisme s’efface au profit de l’autre : ce qu’il a à raconter, à faire ressentir, à transmettre.
L’envie de bien faire, mêlée à la peur de décevoir, pousse vers l’exigence.
Et cette exigence-là est essentielle en écriture.

Enfin, l’hypersensible “sent” avant de comprendre.
Ce n’est pas de la magie. C’est une accumulation silencieuse de signaux faibles, captés, enregistrés, interprétés. Une forme d’intelligence intuitive, presque instinctive.

Et peut-être est-ce là, au fond, que tout commence.

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