Justine Saine

Au fond, ce ne sont que vingt-huit à trente et un jours dans une année, une colonne parmi d’autres sur un calendrier. Quelques cases que l’on traverse, que l’on remplit, que l’on barre.

Et pourtant, si l’on change de point de vue… si l’on regarde le temps non plus avec les yeux d’un calendrier, mais avec ceux du vivant, alors un mois peut devenir une vie entière.

C’est parfois la durée de vie de certaines cellules de notre corps, quelques semaines dans l’existence d’un papillon, le temps d’un cycle pour certaines plantes saisonnières, la durée d’utilisation d’un dispositif médical, la vie fugace d’une tendance sur Internet. Et parfois, c’est aussi le temps d’une histoire entre deux êtres.

Un mois peut être la naissance et la disparition d’une forme de vie, le commencement de quelque chose dont on ignore encore la fin.

Un mois, c’est long.

Un mois, c’est court.

Il peut être intense ou parfaitement ordinaire. Il peut sembler s’étirer lorsqu’on attend et disparaître lorsqu’on voudrait le retenir.

C’est le temps qu’il me faut pour commencer à me déconnecter de mon travail, à retrouver un peu de silence dans ma tête. Mais c’est aussi le temps qui paraît interminable lorsque ma fille me manque et que chaque journée sans elle semble compter double.

C’est assez de temps pour apprivoiser quelqu’un, pour laisser tomber quelques défenses, découvrir des habitudes, des fragilités, des éclats de vérité ; et assez pour commencer à se demander si l’on veut aller plus loin ou si l’on préfère refermer doucement la porte.

Un mois, c’est parfois le temps que l’on accorde à une date dépassée avant de regarder un yaourt avec méfiance. C’est aussi le temps idéal pour partir à des milliers de kilomètres, changer de décor, perdre ses repères et peut-être retrouver une partie de soi.

Un mois, c’est une éternité lorsque l’on aimerait offrir quelques semaines de plus à quelqu’un qui s’apprête à mourir. Et c’est une poignée de jours supplémentaires que l’on souhaiterait obtenir lorsque les factures s’accumulent et que l’argent, lui, semble toujours manquer.

Un mois, c’est aussi un salaire de plus qui tombe à la fin de l’année, une récompense inattendue, un petit morceau de temps transformé en argent.

C’est parfois un âge de notre enfance dont on aimerait se souvenir avec une précision impossible, un mois où l’on découvrait le monde comme si tout était nouveau, avant de comprendre que les jours passent, que les saisons se succèdent et que certaines choses ne reviennent jamais.

Un mois.

C’est si peu.

Et c’est tellement.

Parce qu’un mois ne se mesure pas seulement en jours. Il se mesure en absences, en rencontres, en attentes, en décisions, en premières fois et en dernières fois ; en choses que l’on commence, en choses que l’on abandonne, en choses que l’on n’a pas encore eu le courage de commencer.

Un mois peut ne rien changer.

Et pourtant, un mois peut tout changer.

Un mois peut suffire à tomber amoureux, à perdre quelqu’un, à changer de travail, à partir, à revenir, à renoncer, à espérer de nouveau.

Un mois peut faire basculer une existence.

Un mois peut en sauver une.

Un mois peut aussi en détruire une.

Alors peut-être que la vraie question n’est pas de savoir combien de temps dure un mois. Mais ce que nous faisons du mois qui nous est donné. Parce qu’au milieu de tous les calendriers que nous remplissons, nous oublions parfois que le temps ne nous appartient jamais vraiment.

Alors, aujourd’hui, arrêtez-vous un instant.

Regardez le mois en cours.

Et demandez-vous simplement :

Comment est-ce que je le vis ?

Est-ce que je l’attends ?

Est-ce que je le subis ?

Est-ce que je le remplis ?

Est-ce que je le traverse sans vraiment le regarder ?

Ou bien… est-ce que je suis réellement en train de le vivre ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *