
Une nouvelle tendance ? Pas forcément.
L’idée que l’écriture puisse soigner, soulager ou aider à mieux se comprendre n’a rien de nouveau. Depuis l’Antiquité, l’être humain utilise les mots pour mettre de l’ordre dans ses pensées et donner du sens à son vécu. Plus près de nous, les journaux intimes ont longtemps servi d’espaces de confidences, tandis que les psychologues et thérapeutes se sont progressivement intéressés à l’écriture comme outil d’exploration de soi.
À partir des années 1980, plusieurs recherches scientifiques ont notamment mis en lumière les bénéfices de l’écriture expressive : coucher sur le papier ses émotions, ses souvenirs ou ses difficultés permettrait de mieux les appréhender et parfois même d’en atténuer les effets.
Mais au fond, la pratique artistique, quel que soit le domaine, a toujours constitué un formidable médium pour travailler sur soi. On entend souvent dire que les artistes sont au sommet de leur créativité lorsqu’ils traversent des périodes difficiles, que les émotions les plus intenses – qu’elles soient lumineuses ou douloureuses – nourrissent l’inspiration.
Je n’ai pas d’avis arrêté sur la question.
Ce dont je suis certaine, c’est que la partie la plus vulnérable et sensible de notre être, lorsqu’elle est stimulée, produit quelque chose de pur, de sincère et de profondément humain. Elle révèle aussi les bagages que nous portons depuis l’enfance, les souvenirs qui nous font sourire ou rire, mais également les déchets émotionnels que nous enfouissons parfois au fond de nous sans jamais vraiment les évacuer ni les transformer.
Alors, l’écriture dans tout ça ?
Comme la peinture, la musique, la danse ou le théâtre, l’écriture peut devenir un outil thérapeutique.
Elle offre avant tout un espace de lâcher-prise, à condition d’écrire dans un cadre de confiance. Car écrire, dans cette démarche, consiste à déposer ce qui nous traverse sans filtre. Un peu comme une séance de sport pour l’esprit.
Peu importe la logique, le style, la structure ou même l’absence de structure. L’écriture thérapeutique n’a pas pour objectif de produire un texte parfait, publiable ou susceptible de plaire à quelqu’un.
Son but est ailleurs.
Elle invite à s’interroger, à déconstruire, à comprendre. Ou du moins à faire émerger les questions sous-jacentes, celles que l’on préfère souvent éviter parce qu’il est plus confortable de rester en coulisses que de monter sur scène.
Pourtant, lorsque l’on ose s’y confronter, quelque chose se dénoue. Le ressenti qui suit peut être étonnamment puissant.
L’écriture thérapeutique consiste donc à prendre soin de soi. Mais prendre soin de soi ne signifie pas toujours se ménager. Cela implique parfois d’aller remuer la terre, d’approcher ce qui noue l’estomac, puis de commencer, doucement, à défaire les nœuds, un à un.
Bien sûr, certaines cicatrices restent présentes. Elles ne disparaissent jamais totalement. Mais comme on taille les branches d’un rosier pour favoriser sa repousse, ce travail intérieur permet parfois de retrouver davantage de force, de souplesse et de beauté.
Faire de l’écriture thérapeutique : comment ça se passe ?
Il existe autant de méthodes que de personnes. Aucune n’est meilleure qu’une autre.
Généralement, tout commence par un déclencheur : une photographie, un objet, une musique, un mot, une phrase, une odeur parfois. On pose un cadre, une consigne, puis on écrit.
Cette impulsion agit comme une clé. Elle ouvre certains tiroirs de notre mémoire, soigneusement rangés ou totalement en désordre, où s’accumulent des milliers de fragments d’expériences, d’émotions et de souvenirs.
Sans point de départ, il est parfois difficile de savoir où chercher.
Peut-on pratiquer l’écriture thérapeutique seul·e ?
Oui. Il existe aujourd’hui de nombreux ouvrages, vidéos, podcasts et exercices guidés. Mais il est tout aussi possible de pratiquer de manière autonome.
Il suffit parfois de regarder autour de soi. Nous sommes constamment entourés d’informations, de visages, d’objets, de scènes de vie.
Choisissez un élément. Observez-le quelques secondes. Puis écrivez. Sans réfléchir. Sans corriger. Sans chercher à bien faire.
Laissez simplement les mots venir.
Que faire avec cette matière ?
C’est peut-être là que commence le travail le plus intéressant. Que faire de ce que l’on vient d’écrire ?
Parfois, rien. Parfois, le simple fait de déposer les mots suffit. Ils restent là, sur une feuille, dans un carnet ou dans un document enregistré sur l’ordinateur. Parfois, au contraire, l’envie de creuser apparaît. Immédiatement. Quelques heures plus tard. Ou plusieurs jours après. Parfois encore, l’écriture devient le point de départ d’une conversation. On ressent le besoin de partager, de confronter son regard à celui d’un autre, de se rassurer, de débattre ou simplement de se confier.
L’essentiel est de faire ce qui semble juste au moment où l’on écrit et dans le temps qui suit. Il n’existe pas de norme en la matière.
L’écriture thérapeutique n’est pas une méthode à appliquer parfaitement. C’est avant tout une rencontre avec soi-même. Une invitation à écouter ce qui cherche à être entendu.