Justine Saine

visuel © sobusygirls.fr

Autrice et membre active de la communauté Booksta, j’ai été très vite confrontée à cette affaire qui a embrasé les réseaux, au point de contraindre le procureur de la République à réagir. Et ce simple fait devrait déjà nous alerter.

Un roman auto-édité, paru en 2023 sur Amazon, intitulé Corps à cœur, classé en dark romance, est aujourd’hui accusé de romantiser la pédocriminalité. Des extraits circulent. Ils décrivent, de manière répétée et crue, des viols de nourrissons et d’enfants. Pas suggérés. Pas dénoncés. Décrits. Insistants. Complaisants.

Même si l’affaire est toujours en cours, même si le livre a depuis été retiré de la vente, les questions soulevées sont immenses. Et elles nous concernent toutes et tous.

Peut-on, au nom de la liberté d’expression, tout écrire ?
Peut-on s’abriter derrière le statut d’artiste pour s’affranchir de toute limite éthique ?
La loi s’applique à tout le monde, certes, mais nous savons aussi à quel point elle est parfois contournée — notamment dans les sphères artistiques.

Oui, on peut écrire l’horreur.
Oui, on peut la nommer, la regarder en face.
Mais comment ? Et surtout pourquoi ?

Décrire n’est pas neutraliser. Montrer n’est pas condamner.
Il existe une frontière — fragile, mais essentielle — entre dire l’indicible pour faire réfléchir, et l’exposer sans recul, sans mise à distance, sans intention claire.

Je suis convaincue que l’on peut écrire sur tous les sujets, même les plus sombres, les plus violents. Mais notre responsabilité d’artistes est là : donner du sensquestionnerdénoncerrefuser la banalisation. Certains thèmes exigent une maîtrise absolue, une conscience aiguë de ce qu’ils charrient, surtout lorsqu’ils touchent à l’enfance, au corps, à l’irréparable.

Je précise : je n’ai pas lu ce roman dans son intégralité. Je n’en ai vu que des extraits. Et cela suffit à affirmer une chose : ceci n’est pas de la dark romance.
Genre controversé, oui. Mais jamais pensé pour présenter des violences d’une telle ampleur comme acceptables, désirables ou “normales”.

Nous avons besoin de douceur dans la littérature. Pas de naïveté ni de bons sentiments dégoulinants.
Mais de respect pour le lecteur. On peut parler de sujets durs sans lui passer la corde au cou. On peut écrire l’innommable sans écraser, sans choquer pour choquer.
À partir du moment où l’on publie à destination du grand public, nous portons une responsabilité. Celle d’être cohérent·e avec les valeurs que nous transmettons — consciemment ou non. Et puis il y a l’autre dérive…

Parce que cette autrice était auto-éditée, une vague de mépris s’est abattue sur l’ensemble des auteur·rices indépendant·es, dont je fais partie.
J’ai lu : “de la merde en boîte”“pas des professionnels”“s’ils ne sont pas édités, c’est que leurs textes sont mauvais”.
Un bond de plusieurs décennies en arrière. Une vision caricaturale, violente et injuste de notre métier.

Je le répète : dans tous les domaines artistiques, il y a de tout.
En auto-édition comme en maison d’édition : des œuvres exigeantes, d’autres discutables, et surtout une chose fondamentale : la subjectivité. Une œuvre peut bouleverser quelqu’un et laisser un autre totalement indifférent. C’est ainsi. Et c’est sain.

Alors soyons vigilants.
Refusons les amalgames.
Gardons notre libre arbitre.
Et surtout, pensons par nous-mêmes.

Voilà.
C’est mon coup de gueule du moment.

Bises sur vos deux joues,

Justine ✨

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